Publié le Vendredi le 2 octobre 2026

Mon enfant

« Regarde comme ce sapin est grand, alors que celui-ci est tout petit et touffu! As-tu vu cette fraise? Elle est rouge et ronde, tandis que celle-ci est encore toute blanche! »

En forêt, à l’épicerie, au zoo, nous avons ce réflexe spontané de pointer à notre enfant les différences du monde qui nous entoure. De manière naturelle, nous leur apprenons que chaque arbre, chaque fruit, chaque animal est unique et que cette diversité fait la beauté de la nature. 

Lorsqu’il s’agit des corps humains, ce réflexe d’observation bienveillante est plus difficile à adopter... Pourtant, la diversité corporelle est un phénomène naturel : tous les corps humains sont différents, que ce soit par leur taille, leur poids, leur apparence, leur couleur de peau, leurs capacités, etc.

Comment garder cette candeur et transmettre à notre enfant que les corps humains (et son propre corps!) fonctionnent exactement comme le reste de la nature?

Par où commencer?

Contrairement aux fraises et aux sapins, certains types de corps sont valorisés par la société au détriment des autres. Notre culture nous conditionne à trouver beaux des attributs physiques précis, comme avoir un corps mince et musclé ou une peau sans imperfection. Ceci a pour effet de mettre certains physiques sur un piédestal, alors que tous les corps devraient être traités de façon égale. 

À ce sujet, avez-vous déjà remarqué que, dans les émissions pour enfants, les « méchants » ou les personnages victimes de moqueries sont souvent ceux avec un corps plus gros? Et que les princesses et les héros affichent, le plus souvent, une silhouette mince ou musclée?

Chez les enfants, l’exposition aux préjugés corporels, qui associent les corps gros à des caractéristiques négatives comme la paresse, la méchanceté ou le ridicule, peut nuire à leur image corporelle. Elle peut aussi alimenter la peur de prendre du poids (parfois dès l’âge de 3 ou 4 ans!) et favoriser l’expression de moqueries à l’école.

Comme parent, la première étape serait donc de rester vigilants à cette réalité pour pouvoir en discuter avec notre enfant et lui transmettre des valeurs de respect et d’inclusion. 

Comment aborder le sujet avec mon enfant?

Sans nécessairement avoir « LA grande conversation », on peut utiliser plusieurs occasions du quotidien pour parler de diversité corporelle avec notre enfant. 

Voici quelques pistes concrètes pour guider ces moments :

1- Utiliser un langage neutre et descriptif

Lorsqu’on parle des corps humains, on privilégie un langage qui décrit les différences sans les classer comme « bonnes/mauvaises » ou « normales/anormales ». Un vocabulaire neutre permet de rappeler que les corps peuvent être :

  • Grands ou petits
  • Gros ou minces
  • Dotés de différentes capacités (par exemple, certaines personnes ont besoin d’un fauteuil roulant, de lunettes, d’un appareil auditif, etc.)
  • De différentes couleurs de peau, textures de cheveux ou traits du visage
  • En changement avec le temps

 2. Nommer plutôt que nier les différences

Dans les petites conversations, on peut aider notre enfant à reconnaître les différences sans les transformer en jugements. Ainsi, si notre enfant exprime un préjugé, on peut intervenir avec bienveillance en :

  • Cherchant à comprendre ce qu'il a observé et d'où peut provenir le préjugé. Par exemple: 
    • « Qu'est-ce qui te fait dire que cette personne n'aime pas le sport? »
  • L'aidant à faire la distinction entre observer une différence et la juger;
  • Donnant une réponse simple et adaptée à son âge. Par exemple: 
    • « On ne peut pas savoir ce qu'une personne n'aime pas juste en la regardant. Il faut apprendre à la connaître. »
    • « Oui, son corps est différent du tien. Les corps sont différents les uns des autres, c’est comme ça dans la nature. »
    • « On peut remarquer que quelqu’un est différent sans dire que cette personne est bizarre. »

3- Faire de la place à la diversité corporelle dans l’environnement de l’enfant

Cela peut passer par les livres, les jouets ou les émissions auxquels notre enfant est exposé. L’objectif n’est pas de chercher une représentation parfaite, mais simplement de s’assurer que différents corps ont une place dans son quotidien, sans être associés à certaines caractéristiques stéréotypées.

Voici quelques suggestions de lectures mettant de l’avant la diversité corporelle :

  • C’est mon corps! — Un livre d’Élise Gravel
  • Le joli bedon rond de Marion — Un livre de Renee Wilkin et Annie Boulanger
  • Gloria sort du moule — Un livre de Guylaine Guay et Bach
  • Comme toi et moi — Un livre de Priska Poirier et Sabrina Gendron

Finalement, comme parent, on joue un rôle central dans l’environnement de notre enfant. Après tout, on est son premier modèle! On peut l’aider à valoriser les différences qui l’entourent en portant un regard respectueux sur notre propre corps et sur celui des autres. Chaque petit geste compte pour aider notre enfant à accueillir et à valoriser la diversité corporelle autour de lui!

À travers quelle action souhaiteriez-vous aborder la diversité corporelle avec votre enfant?

Références: 

  • Puhl, R. M., & Lessard, L. M. (2020). Weight Stigma in Youth: Prevalence, Consequences, and Considerations for Clinical Practice. Current obesity reports, 9(4), 402–411. https://doi.org/10.1007/s13679-020-00408-8
  • Spiel, E. C., Paxton, S. J., & Yager, Z. (2012). Weight attitudes in 3- to 5-year-old children: age differences and cross-sectional predictors. Body image, 9(4), 524–527. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2012.07.006

 

Julianne Béliveau
À propos de l'autrice

Julianne est étudiante au doctorat en psychologie clinique à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle fait partie de l’équipe de recherche sur les attitudes et perceptions liées à l’image corporelle (APIC), sous la supervision de Dre Marie-Pierre Gagnon-Girouard. Elle s’intéresse à l’image corporelle positive et aux mouvements sociaux qui l’influencent, comme le féminisme. Par le biais de ses implications, elle souhaite amener les gens à apprécier leur corps pour ce qu’il permet d’accomplir et de ressentir, au-delà de l’apparence physique. « Être satisfait.e de l’apparence de son corps n’est pas un prérequis pour le traiter avec respect et bienveillance. Notre corps est notre allié pour accomplir et ressentir tellement de choses. Travaillons ensemble à ce que l’apparence physique devienne moins importante que la santé et le plaisir. »


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