Par Benjamin Schoendorff, psychologue
6 septembre 2017

Dans un monde dominé par l’image, de nombreuses femmes et de plus en plus d’hommes vivent dans le dégoût de l’image de leur corps. Les célébrités s’affichent sur les écrans, le corps savamment retouché. Le contraste avec le spectacle qui nous attend devant nos miroirs ne pourrait être plus grand. Dans de telles conditions, nombreux sont celles et ceux qui développent une préoccupation excessive à l’égard de leur poids dans l’espoir le plus souvent vain de se conformer à des standards de beauté qui, hors Photoshop, ne peuvent s’atteindre.

On a longtemps pensé que la solution à ce problème était d’aider les jeunes et les adultes à adopter des standards de beauté plus réalistes. On a cherché à renforcer leur estime de soi en cherchant à les convaincre que leur valeur ne dépendait pas de leur image. Ces stratégies sont logiques et parfois aidantes. Cependant, de nouvelles recherches sur le fonctionnement de l’esprit humain et qui sont à la base des approches dites de troisième vague laissent entrevoir de nouvelles stratégies qui pourraient s’avérer encore plus payantes.

 

Comment fonctionne l'esprit humain

L’esprit humain met constamment en relation les choses les unes avec les autres. Ces relations sont le plus souvent basées sur des comparaisons (je suis plus grosse qu’elle), des évaluations (je ne suis pas aussi maigre que je le devrais), des oppositions (je suis tout le contraire d’une personne correcte) ou encore des chaînes «causales» (si je n’arrive pas à perdre 3 livres cette semaine, alors c’est la preuve que je ne vaux rien). Attaquer ces pensées est le plus souvent une tâche vaine qui n’active que plus de comparaisons, d’évaluations, d’oppositions et de fausses causations. Ces relations étant des productions intellectuelles, il est souvent plus utile de se distancer de ces productions que de chercher à les modifier.

 

Apprivoiser les pensées et les émotions difficiles

Il est en effet possible d’apprendre à observer les productions de notre intellect, de reconnaître quand notre tête se lance dans les comparaisons, évaluations, etc. Une fois cela observé, nous pouvons reconnaître les émotions comme la honte et le dégoût de soi que ces pensées génèrent. Plutôt que chercher à éliminer ces ressentis, ce qui a le plus souvent comme effet de les intensifier, il est souvent plus efficace d’apprendre à les reconnaître et à les apprivoiser en les accueillant et leur faisant de la place.

 

Et si on misait sur ce qui était vraiment important...

Derrière les problèmes d’images de corps et de comportements alimentaires, on retrouve souvent des difficultés à identifier ce qui est vraiment important dans la vie. C’est comme si nos valeurs les plus profondes étaient mises entre parenthèses à l’intérieur d’une relation faussement causale: une fois que j’aurai le poids/le corps que je souhaite, alors je pourrai vivre la vie que je veux. Cette relation est un piège qui peut se refermer et nous garder prisonniers d’une course sans fin, car le processus de comparaison et d’évaluation garantit que le poids ou l’image souhaitée ne soit jamais pleinement atteint.

Il est donc utile d’apprendre à reconnaître dès aujourd’hui les personnes et les aspects de la vie qui sont les plus importants pour nous afin de pouvoir, par l’action, nous en approcher, en emportant avec nous toutes nos pensées, nos comparaisons, évaluations et toutes nos émotions difficiles. En chemin, nous apprendrons comment les porter sans qu’elles nous interdisent l’accès à une vie large et riche de sens.

  


À PROPOS DE L'AUTEUR :

Benjamin Schoendorff, blogueur invité | www.contextpsy.com
Psychologue, membre de l'Ordre des psychologues du Québec et fondateur de l'Institut de Psychologie Contextuelle
 

Formateur ACT (Thérapie d’acceptation et d’engagement) reconnu par les pairs de l’ACBS (Association pour les sciences contextuelles et béhaviorales) et formateur FAP (Psychothérapie par l’analyse fonctionnelle), Benji anime et co-anime des ateliers dans le monde entier.

Passionné par le travail clinique, la vulgarisation et la formation, il est apprécié pour son authenticité et sa capacité à partager simplement les complexités de la thérapie contextuelle. Il est l’auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages sur l’ACT et les thérapies de troisième vague et participe aux activités de recherche de l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal.

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